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NOUS AVONS LE PLAISIR D'OUVRIR UNE NOUVELLE RUBRIQUE

Le but est de partager avec vous des textes d'écrivains, des pensées, dans des domaines aussi différents que la littérature, l'art, la métaphysique, la spiritualité, la science ou la politique ; mais également l'actualité que nous mettrons en relation avec l'enseignement de Sri Tathâta.

Nous vous souhaitons de belles découvertes !

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"Fais-je des progrès depuis soixante-dix ans de dessins, recherches de formes, regards sur le visible et l'imaginable? Je laisse parler le point d'interrogation. Je sais seulement que ma vue se fatigue, mes mains m'obéissent moins bien, mes énergies diminuent et, par conséquent, ma productivité. C'est heureux, car mon atelier déborde et mon carré de travail se rétrécit, les piles autour, la place disponible sera bientôt saturée. Mon regard est devenu plus critique; les images qu'on produit actuellement m'agacent, les hurlements et tressautements des moyens de communication à sens unique, d'une humanité de plus en plus préfabriquée m'irrite; je ne me sens plus très contemporain; vieux crocodile, je m'éloigne. Quelques personnes proches me retiennent, leur nombre diminue aussi, ne se renouvelle pas. Il y a encore des lectures. L'air se raréfie. La peau de chagrin.
J'ai travaillé, mais je me laissais facilement distraire. Quelqu'un venait m'inviter à prendre un pot, et je laissais tout. Mais, je me suis accroché, attaché à mon travail. Le burin m'a beaucoup aidé à me discipliner; au burin, on regarde par une loupe en gravant et le monde alentour disparaît totalement."

Albert Flocon    Points de Fuite    Tome II

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"Un Maître spirituel vit un scorpion se noyer et décida de le tirer de l’eau.
Lorsqu’il le fit,le scorpion le piqua.
Par l’effet de la douleur, le maître lâcha l’animal qui de nouveau tomba à l’eau en train de se noyer.
Le maître tenta de le tirer à nouveau et l’animal le piqua encore.
Un jeune disciple qui était en train d’observer se rapprocha du Maître et lui dit :
«Excusez-moi Maître, mais pourquoi insistez vous ??? 
Ne comprenez vous pas qu’à chaque fois que vous tenterez de le tirer de l’eau il va vous piquer ? »
Le maître répondit: « La nature du scorpion est de piquer et cela ne va pas changer la mienne qui est d’aider. »
Alors, le maître réfléchît et à l’aide d’une feuille, il tira le scorpion de l’eau et sauva sa vie, puis s’adressant à son jeune disciple, il continua: 
"Ne change pas ta nature si quelqu’un te fait du mal, prends juste des précautions.
Car, les hommes sont presque toujours ingrats du bienfait que tu leur fais.
Mais ce n'est pas une raison d'arrêter de faire du bien."

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Jean-Jacques Rousseau, homme d'esprit du 18ème siècle. 
Sa pensée sur la nature humaine, l'éducation, la politique ou la société influence aujourd'hui encore notre vie. 
Peut-être devrions-nous relire Rousseau pour nous aider à trouver le nouveau chemin, la voie du milieu chère à Sri Tathâta. 
Voici un extrait de ses confessions dans lequel il parle des jours heureux qu'il a vécu aux Charmettes à Chambéry avec Madame de Warens entre 1736 et 1740.  

les-confessions diap" Je me levais tous les matins avant le soleil. Je montais par un verger voisin dans un très joli chemin qui était au-dessus de la vigne, et suivait la côte jusqu'à Chambéry. Là, tout en me promenant, je faisait ma prière qui ne consistait pas en un vain balbutiement de lèvres, mais dans une sincère élévation de coeur à l'auteur de cette aimable nature dont les beautés étaient sous mes yeux. Je n'ai jamais aimé à prier dans la chambre ; il me semble que les murs et tous ces petits ouvrages des hommes s'interposent entre Dieu et moi. J'aime à le contempler dans ses oeuvres tandis que mon coeur s'élève à lui. "

Jean Jacques Rousseau les Confessions Livre sixième

« Ici commence le court bonheur de ma vie, ici viennent les paisibles mais rapides moments qui m'ont donné le droit de dire que j'ai vécu... »

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Le problème J.J. Rousseau
Avec une parfaite netteté, Cassirer montre qu'au point de vue de départ de la pensée de Rousseau se trouve une question qui a traversé tout le siècle des Lumières : la question de la théodicée, autrement dit, l'interrogation sur la compatibilité entre la présence du mal dans le monde et l'existence de Dieu. A ce problème, Rousseau apporte une réponse nouvelle. Elle consiste à n'accuser ni la nature pécheresse de l'homme, ni Dieu qui a laissé commettre le péché originel.
Rousseau disculpe Dieu et l'homme.
Qui porte alors la faute ? La société, telle que les hommes l'ont faite en s'écartant de leur nature primitive ; encore ne s'en sont-ils pas détournés de leur plein gré : ce sont les bouleversements du milieu physique qui les ont délogés de l'hypothétique état de nature, les contraignants à s'associer, à travailler, à développer leurs facultés, à se combattre.
L'histoire a suivi son cours violent ; le mal s'est accentué ; l'inégalité s'est aggravée.
Mais le retour à la nature, la rétrogradation sont désormais interdits. La situation est-elle sans espoir ?
Non: D'où viendra alors le salut ? Le remède est dans le mal lui-même, c'est à dire dans la civilisation, au prix du perfectionnement que doivent y apporter la raison, l'éducation, et le souvenir de la nature perdue, gardé vivant par le sentiment.
 
Jean Starobinski                                                                                        
Préface à "Le problème Jean-Jacques Rousseau" de Ernst Cassirer

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Restons au 18ème siècle avec Nicolas de Condorcet 1743 - 1794

" Que ton humanité s'étende même sur les animaux. Ne rends point malheureux ceux qui t'appartiendront ; ne dédaigne point de t'occuper de leur bien-être ; ne sois pas insensible à leur naïve et sincère reconnaissance ; ne cause à aucun des douleurs inutiles ; c'est une véritable injustice, c'est un outrage à la nature dont elle nous punit par la dureté de coeur ... "

" Conseils à sa fille "  1794, Oeuvres

" L'erreur, tout comme la vérité, a droit à la liberté."